Camp de Drancy 1942, plaque tournante de la déportation juive en France

Marcelle Christophe y était à cette époque avec sa fille Francine.

« Aux heures autorisées, Francine s’amusait dans la cour avec d’autres gosses. Un matin, elle remonta dans la chambrée, secouée de sanglots. « Maman ! regarde par la fenêtre ! Tout ce groupe d’enfants ! Les plus jeunes ont deux ou trois ans, les plus vieux une dizaine. Ils n’ont plus de papa et de maman. Vont-ils, eux aussi, partir pour Pitchipoï ? »

C’est ainsi que les enfants de Drancy appelaient ce lieu étrange et inquiétant qu’on ne savait pas encore être l’enfer…

(La France  torturé de Gérard Bouaziz.)

Le partage c'est la liberté

Ami, si tu tombes…

La nuit qui précéda sa mort

Fut la plus courte de sa vie

L’idée qu’il existait encore

Lui brûlait le sang aux poignets

Le poids de son corps l’écœurait

Sa force le faisait gémir

C’est tout au fond de cette horreur

Qu’il a commencé à sourire

Il n’avait pas un camarade

Mais des millions et des millions

Pour le venger, il le savait

Et le jour se leva pour lui.

Paul Eluard.

Un seul combat

Le partage c'est la liberté

Ils étaient 1038

Depuis janvier 2019, Ils ne sont plus que 4 compagnons de la libération

Edgard Tupët-Thomé (99 ans)

Hubert Germain (99 ans)

Daniel Cordier (99 ans)


Pierre Simonet (97 ans).

Le partage c'est la liberté

Je me souviens

 

Je me souviens d’un temps
que je n’ai pas connu
Je me souviens d’un jour
que je n’ai pas vécu
Je me souviens de tout
pourtant je n’ai rien vu
et si je m’en souviens,
c’est parce que je suis libre.

Le partage c'est la liberté

La résistance continue

Un chant s’envole

Fenêtre grillagée, bâtisse où règne l’ombre,

Où le soleil ne luit qu’entre des murs très hauts,

Où le regard cherchant des horizons nouveaux

Se heurte à la grisaille, l’uniformité sombre.

C’est la triste Roquette où, bien loin de la vie,

Sont celles qu’on accuse d’aimer trop leur Patrie

Un chant s’envole et monte et remplit le faubourg,

Clamant bien haut la haine, la souffrance et l’espoir.

Français, délivrez-nous ! Vous ne pouvez savoir

Combien dure est l’attente et le silence lourd !

jacqueline Farge – La Roquette – 14 juillet 1943.

Extrait de La France Torturée de Gérard Bouaziz (Préface de Lucie Aubrac) 

 

Le partage c'est la liberté

La Marseillaise

De très nombreux témoignages évoquent ces Marseillaises chantées à pleins poumons comme ultime forme de résistance, de révolte et de solidarité quand toute autre était impossible. Même dans les prisons allemandes, comme à Montluc, en ce printemps 1944, où la Gestapo vint régulièrement prélever des otages : « Pour cette fois*, notre cellule avait de la chance, car personne n’a été désigné pour cette nouvelle aventure. Le commandement pour le départ a été répété par tous les surveillants. Moments inoubliables. Tous les partants entonnèrent la « Marseillaise ». Plus les brutes de la Gestapo et les soldats de l’escorte criaient et menaçaient pour faire taire, plus nos camarades chantaient fort. Il y eut des coups de poing et des coups de crosse. Nous, dans les cellules, les larmes aux yeux, nous les approuvions en frappant tant que nous le pouvions avec nos mains et nos pieds contre la porte. Jamais je n’ai entendu chanter notre hymne national avec autant de conviction. Puis c’était le « Chant des Adieux ». Nous les entendions s’éloigner ».

*Témoignage de René Bronner. Extrait de La France Torturée de Gérard Bouaziz (Préface de Lucie Aubrac, un livre difficile mais à lire absolument) 

Le partage c'est la liberté

Le coin lecture : Le Jour le plus long – Cornelius Ryan

 

Voici un livre à ne pas manquer ! Une édition spéciale qui rassemble les documents de recherche que Cornelius Ryan utilisa pour ecrire son fameux livre. Beaucoup de documents traduits très intéressants sur des témoignages, journaux des marches et des opérations de divison, etc…

Extrait : « Vous débarquerez sur le continent européen, et, en liaison avec les autres Nations unies, engagerez des opérations pour atteindre le coeur de l’Allemagne et détruire ses forces armées… » Note accordant l’autorité Suprême au général Eisenhower. 

Oui je sais, l’extrait est court, extrêmement court même. Il n’a pour but que d’indiquer la nécessité quasi vitale de posséder ce livre dans la bibliothèque d’un amateur éclairé  !

Vous savez ce qu’il vous reste à faire…

Un dernier indice en image sur l’importance de ce livre.

 

 

Le partage c'est la liberté

Le coin lecture : Les mythes de la Seconde Guerre mondiale

Je suis d’avis de m’intéresser aussi bien aux récits du « camp des vainqueurs « que ceux des vaincus, en effet derrière une cause, une doctrine, un ordre, il y a des Hommes qui se heurtent aux horreurs de la guerre… Pour avoir une idée globale d’un conflit il faut en étudier les différentes parties. Cependant, Le recul est indispensable pour ne pas tomber dans le piège des interprétations, confusions, fausses idées de ses auteurs. Cela reste un fabuleux voyage historique ! Bonne lecture à vous.

Voici aujourd’hui un extrait du livre « les mythes de la Seconde Guerre mondiale » sous la direction de Jean Lopez et Olivier Wieviorka.

La victoire est avec nos drapeaux. Affiche de propagande nazie, 1940.

Ce livre traite en effet des mythes ou informations erronées, incomplètes sur certaines parties bien connues comme l’Allemagne a perdu la guerre à cause d’Hitler ou la défaite de 1940 était inéluctable ou encore la Waffen-SS : des soldats d’élites !

voici un passage de choix du chapitre  L’armée italienne était mauvaise par Hubert Heyriès :

Lors de la retraite du Don, du 9 au 31 janvier 1943, les divisions alpines Julia, Cuneense et Tridentina se sacrifièrent pour permettre aux Italo-Allemands d’évacuer, et préférèrent mener des combats d’arrière-garde meurtriers tout en étant constamment harcelés par les partisans plutôt que de se rendre. Au prix de pertes considérables, elles parcoururent 350 kilomètres, à pied, dans la neige et le froid, par -30°C, -40°C, voire -50°C, sans camions, sans vivres, sans canons antichars, sans couverture aérienne, sans radio.

Le 30 janvier 1943, le capitaine de la Tridentina, Giovanni Battista Stucchi, décrivit ainsi les pauvres survivants : « Je voyais s’écouler devant moi une interminable caravane de spectres, de fantômes, de figures qui n’avaient presque plus rien gardé d’humain. Ils avançaient en chancelant, en trébuchant, en traînant les pieds sur la neige […]en silence.[…]
L’aspect de ces visages creusés, décharnés, le regard qui se lisait dans ces yeux rougis et hallucinés donnaient l’impression d’assister à un défilé de créatures qui, soumises à un martyr prolongé, avaient perdu la lumière de la raison […]
Couverts de loques ou de vêtements déchirés, [ils avaient] souvent les pieds enveloppés de morceaux de couverture ou de restes de capote ou de pelisse superposés en plusieurs couches. »
Mais ils restaient libres ! Cette retraite des alpini entra dans la légende. Un survivant de la Julia, le sous-lieutenant médecin Giulio Bedeschi, transfigura ainsi leur histoire dans son roman Centomila gavette di ghiaccio (Cent mille gamelles de glace) publié au début des années 1960 et devenu un best-seller mondial, traduit en plusieurs langues et vendu à ce jour à plus de 4 millions d’exemplaires dans le monde.

La colonne durant la retraite

Le corps expéditionnaire italien en Russie (ARMIR) comptait 63 000 hommes, dont 40 000 ont été perdus c’est à dire disparus, tués ou prisonniers de guerre…

Le partage c'est la liberté

SNCF 1940-1944. Enquête sur un mythe français (Extrait)

…De mars 1942 à juillet 1944 ont été déportés 76 000 Juifs de France, tous par train, dont 70 000 vers Auschwitz. A la Libération, on ne comptera que 2 500 survivants. Au départ composés de matériel allemand, les convois furent rapidement constitués d’une vingtaine de wagons couverts KKW et KKU de la SNCF : 20 tonnes de charge, quatre volets d’aération, 50 personnes par wagon. Sous l’autorité de l’occupant et de l’Etat français, ces transports sont exécutés par la société nationale. Les gares et les postes centraux sont français.  » Les archives et les témoignages ne relèvent aucun refus, aucune protestation de la part du transporteur portant sur l’exécution de ces transports, ni aucune consigne de sabotage « , relève le rapport documentaire commandé par la SNCF. Les facturations de ces convois sont émises par l’agence de voyages de la Reichsbahn, la MER, mais la SNCF établit ses propres factures, qu’elle adresse à son commanditaire, le ministère français de l’Intérieur, où elles relèvent du chapitre  » transports administratifs « . Les Allemands considèrent qu’ils couvrent ces factures avec les forfaits accordés par Albert Speer pour l’ensemble des transports militaires. Car, aux yeux des nazis, ils entrent dans cette catégorie M,  » trains militaires « , au premier rang des priorités de trafic dictées à la SNCF. Un pointage précis des trains de déportés est établi par la société nationale, qui connaît la nature des chargements :  » trains d’israélites « . Ils ne sont pas désignés par des codes secrets. Tous les cheminots étaient bien placés pour surveiller le trafic allemand, y compris les trains de déportés, et furent d’ailleurs des sources irremplaçables pour la Résistance et Londres. C’est encore la SNCF qui ferme les portes et les plombe. Et bien que cela ait toujours été omis dans tous les témoignages, ce sont des cheminots français qui ont conduit les convois de déportés jusqu’à la frontière, puisque la direction de la SNCF a pu s’opposer jusqu’au printemps 1944 à l’emploi de conducteurs allemands. Il est plus que probable que des cheminots résistants aient eu à en conduire. Mais la résistance organisée considère qu’arrêter les trains de déportés n’est pas une priorité par rapport à la libération du territoire. Seule une résistance civile spontanée, faite de mille petits gestes, tentera d’alléger le sort (connu ou inconnu, la question n’est pas tranchée) de ces malheureux : ravitaillement en cachette, transmission, pas toujours anonyme, aux familles des messages laissés sur les voies, outils cachés dans les wagons, convois ralentis pour faciliter les évasions, aide aux évadés, etc.

(Par Philippe Gallard, l’expansion-L’express 22/06/2000)

Le partage c'est la liberté