Quoi de Neuf sur la BBC ?

Connaissez-vous ces messages ? Je pense que oui, au moins un ! Comme par exemple  « Les carottes sont cuites  Les choux sont plantés « 

« Andromaque se parfume à la lavande »


« Bercent mon cœur d’une langueur monotone »


« Il est temps de cueillir des tomates »

 

Ces phrases, à première vue sans aucun sens voir même étranges, en ont un finalement très précis. En effet elles sont « codées »  pour un réseau de résistance précis, si bien que pour un autre réseau elles ne veulent rien dire…
Elles donnent des indications,  par exemple sur l’atterrissage d’un Lysander pour l’exfiltration d’un pilote de la Royal Air Force, pour l’infiltration d’un agent du SOE, de parachutage d’armes, etc…

Parfois même ces messages personnels, sont utilisés pour confirmer les dires d’un agents,  ou pour en remercier un autre pour une opération réussie…

 

Westland Lysander

 

 

Le partage c'est la liberté

Commando Kieffer

 

Philippe Kieffer

Philippe Kieffer est né le 24 octobre 1899 au Port aux Princes (Haïti). Il est diplômé de l’Ecole des Hautes Etudes commerciales.La guerre le trouve en Amérique, où il est directeur de banque. Quartier-maître de réserve pour avoir suivi les cours des EOR de Navale en 1918, il se présente comme tel en France, le 2 septembre 1939, comme volontaire dans l’armée de Terre, alors que son âge (40 ans) aurait pu servir de prétexte parfaitement acceptable pour rester à New-York.
Il passe ensuite dans la Marine le 10 septembre 1939.L’attaque allemande de mai 1940 le trouve à Dunkerque, à l’Etat-major de l’Amiral Nord jusqu’au 17 juin, après quoi il passe en Angleterre, à Londres, le 19 juin 1940.
Il s’engage aux Forces Navales Françaises Libres, le jour de leur création, le 1er juillet 1940.
Sa connaissance de l’anglais le fait rapidement nommer officier interprète et du chiffre. Mais préférant l’action, il obtient de l’amiral Muselier de constituer en mai 1941 les Commandos Fusiliers-Marins qui rapidement sont intégrés au Commando Britannique n° 2, célèbre pour son raid sur Saint-Nazaire.

Philippe Kieffer est alors enseigne de vaisseau de 1ère classe et sera nommé lieutenant de vaisseau le 1er juillet 1942.
Des hommes de la 1 ère Compagnie du Bataillon de Fusiliers-Marins Commandos prennent part au raid du 19 août 1942 sur Dieppe.

En 1943, la troupe française, portée à l’effectif de deux Compagnies, est affectée à l’exécution de quelques raids nocturnes sur les côtes françaises occupées, en petits groupes, dans le cadre de la préparation au débarquement.

En 1944 les efforts de Kieffer sont définitivement récompensés. Le 1er BFM Commando est rattaché à l’un des plus glorieux commandos anglais, le N° 4 (lieutenant-colonel Dawson), au sein de la 1ère Brigade (Brigadier General Lord Lovat).
Les 180 hommes que Kieffer avait réunis et entraînés, allaient être les premiers Français à débarquer pour libérer la France…

 

Promu lieutenant, puis capitaine de corvette (d’où l’appellation commandant) à la veille du Jour J, Kieffer débarque le 6 juin en Normandie à la tête de ses hommes du 1er bataillon de fusiliers marins commandos fort de deux Troops de combat et d’une 1/2 Troop d’appui (K-Guns). En tout 177 hommes. Ils débarquent sur la plage Sword à Colleville-Montgomery, malgré des pertes significatives (en tout pour le 6 juin : deux Officiers et huit hommes tués + des blessés) ils s’emparent d’une pièce de 50mm encuvée qui avait mis à mal la péniche LCI 523 (1ère Troop), puis de l’ex-Casino de Riva-Bella avant de s’enfoncer dans les terres par Colleville et Saint-Aubin-d’Arquenay pour faire jonction à Pegasus Bridge (Bénouville) avec la 6eme Airborne britannique. Ils y arrivent vers 16h30. Kieffer sera blessé deux fois ce jour-là. Au soir du 6 juin, le 1er B.F.M.C aura perdu presque 25% de ses effectifs. Il occupe alors les lisières du Plain vers 20h00.

A côté de tant de joie, ce père de famille (il a 3 enfants) est frappé d’une douleur profonde : son fils de 18 ans, qui avait rejoint un maquis, venait d’être tué par les allemands en Ile-de-France. Il ne l’avait pas revu depuis quatre ans.

En octobre 1944, le capitaine de corvette Kieffer, avec son bataillon – porté à l’effectif de trois compagnies – conduit son unité à l’attaque de Flessingue et de Walcheren, clé du port d’Anvers. Puis il participe à des raids sur les îles hollandaises occupées, toujours avec le N° 4 Commando Britannique.
Nommé à l’Assemblée Consultative en 1945, il a travaillé depuis la guerre à l’Etat-major des Forces Interalliées.
En 1954, il est nommé capitaine de frégate.

Philippe Kieffer est décédé le 20 novembre 1962 à Cormeilles en Parisis.
Il a été inhumé à Grandcamp-Maisy dans le Calvados.

• Commandeur de la Légion d’Honneur
• Compagnon de la Libération – décret du 28 août 1944
• Croix de Guerre 39/45 (4 citations)
• Military Cross (GB)

 

Le commando Kieffer était composé de fusiliers marins qui s’étaient, pour la plupart, engagés dans les Forces Navales Françaises Libres (aux côtés des bérets verts britanniques) alors qu’ils se trouvaient au Royaume-Uni. Certains rejoignirent les FNFL après l’évacuation de Dunkerque d’autres s’évadèrent de France occupée enfin un groupe arriva d’Afrique. Un tiers environ de ces Fusiliers Marins de ce commando étaient originaire de Bretagne. Ils durent subir le dur entrainement et la sélection impitoyable au Centre Commando d’Achnacarry en Écosse où ils gagnaient le droit au port du béret vert mythique. Les Français de la 1ère compagnie avaient participé au raid sur Dieppe aux côtés des Commandos Britanniques et Canadiens « Opération Jubilé ».

Au cours de la dure campagne de Normandie, les commandos restèrent en première ligne (secteur Le Plain – Amfreville) et combattirent jusqu’au 27 août 1944, puis le Bataillon fut recomplété en Grande-Bretagne pour de futures missions. En novembre 1944, le 1er B.F.M.C fut débarqué sur l’île de Walcheren en Hollande s’empara en combattant de Flessingue dans le cadre d’une opération combinée alliée avec les commandos britanniques.
Aujourd’hui, deux des cinq commandos marine portent le nom d’un officier du 1er B.F.M.C mort au Champ d’honneur :

Commando Hubert (Nageurs de Combat du COS)
Commando Trepel

Source:  Extrait Wikipedia
ordredelaliberation.fr

Le partage c'est la liberté

Londres, le 18 juin 1940.

 

« Les Chefs qui, depuis de nombreuses années sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement.
Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s’est mis en rapport avec l’ennemi pour cesser le combat.
Certes, nous avons été, nous sommes submergés par la force mécanique terrestre et aérienne de l’ennemi.
Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd’hui.
Mais le dernier mot est-il dit ? L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !
Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n’est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.
Car la France n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l’Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l’Angleterre, utiliser sans limite l’immense industrie des États-Unis.
Cette guerre n’est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances n’empêchent pas qu’il y a dans l’univers tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd’hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là.
Moi, général de Gaulle, actuellement à Londres, j’invite les officiers et les soldats français, qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j’invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d’armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, à se mettre en rapport avec moi.
Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas.
Demain comme aujourd’hui, je parlerai à la radio de Londres »

Le Général de Gaulle.

Le partage c'est la liberté

Ils ne pouvaient que perdre, mais la route vers Berlin est encore longue…

Vers le milieu de la guerre, l’Allemagne alignait environ 10 millions de soldats, les Etats-Unis 12 millions, autant en Union Soviétique, et 5 millions en Grande-Bretagne.

Chaine de montage de V2 dans l’usine Dora

Durant la guerre, l’Allemagne produira environ 23000 chars et plus de 80 000 avions de combat.L’Angleterre en produira sensiblement autant, mais les Etats-Unis fourniront à eux seul plus de 88 500 chars et 96 000 avions.

 

Au moment du débarquement, les usines américaines tournent 24h/24 et produisent un avion toutes les cinq minutes.

Ligne d’assemblage de P47 Thunderbolt américain.

Pendant la guerre, la production allemande se trouvera dépassée dans des proportions de un à quatre.
Transformer cette supériorité massive en succès militaire n’est pas aussi facile que cela pourrait sembler.En position de défense, Hitler garde les avantages de ses victoires rapides: position dominante au cœur de l’Europe, lignes de ravitaillement courtes et possibilité de transférer ses forces d’un front à l’autre…
(Source : Jour J- Edition Atlas)

Effort de guerre industriel de l’Allemagne, des États-Unis et de l’URSS. (Source : Wikipedia)
Le partage c'est la liberté

Mardi 6 juin 44

Malgré leur surprise, les Allemands ont réagi très rapidement au débarquement et les combats ont été d’une extrême âpreté.

L’opération s’est déroulée en quatre phases :

– Le lâchage de 18 000 parachutistes le 5 juin à la tombée de la nuit, avant que la lune ne se lève, aux deux extrémités de la zone prévue pour le
débarquement : autour de Sainte-Mère-Église et de Bénouville (Pegasus
Bridge).

– Au milieu de la nuit, la lune s’étant levée, les bombardements aériens des
défenses côtières allemandes (2 500 bombardiers) déversent 8 000 tonnes
d’explosifs.

– L’arrivée de 137 navires de guerre à 15 km des côtes, au lever du jour, vers
4 h 30 ; duel d’artillerie entre les deux camps.

– Le débarquement des hommes, rassemblés sur 4 000 bateaux, donnent
l’assaut aux cinq plages désignées en fonction de l’heure de la marée : les
Américains à Omaha et Utah à partir de 6 h 30, les Britanniques à Gold à partir de 7 h 25, les Britanniques et les 177 Français du commando Kieffer à Sword à partir de 7 h 30, et enfin les Canadiens à Juno à partir de 7 h 55. Même scénario en vagues successives sur toutes les plages : la première vague débarque les fantassins, les chars démineurs et les bulldozers, la seconde amène des renforts et des unités du Génie, les vagues suivantes voient arriver les unités d’artillerie et les véhicules.

(Source : Galilée : Les sanglots longs des violons © CNDP 1999)

Le partage c'est la liberté

Le coin lecture : Mes oiseaux de feux

Je suis d’avis de m’intéresser aussi bien aux récits du « camp des vainqueurs « que ceux des vaincus, en effet derrière une cause, une doctrine, un ordre, il y a des Hommes qui se heurtent aux horreurs de la guerre… Pour avoir une idée globale d’un conflit il faut en étudier les différentes parties. Cependant, Le recul est indispensable pour ne pas tomber dans le piège des interprétations, confusions, fausses idées de ses auteurs. Cela reste un fabuleux voyage historique ! Bonne lecture à vous.

Aujourd’hui, nous allons nous intéresser à ce jeune belge, Charles Demoulin, et à ses oiseaux de feux !
Son livre autobiographique raconte son choix d’engagement dans l’aviation alliée malgré d’innombrables difficultés, il les surmontera toutes !
Pilote de Typhoon, abattu six fois par la Flak, une épopée particulièrement incroyable dans une Europe enflammée par la guerre totale. Au même titre que Clostermann ou Galland, Demoulin est à lire sans le moindre doute !

Comme extrait, la première page de son livre, il n’y a rien à écrire de plus :

« Aussi longtemps que l’humanité trouvera des êtres d’exception, volontaires et chevaleresques pour défendre la liberté, au prix du sacrifice ultime, le monde gardera un certain espoir de lendemains qui chantent. »

Charles Demoulin

 

Le partage c'est la liberté

Bienvenue

Bienvenue sur cette page qui aborde modestement « tout » ce qui concerne la seconde guerre mondiale, avec bien évidement une partie importante pour l’opération Overlord. Cette opération n’a pas seulement comme objectif l’établissement d’un front ouest avec l’enfoncement du mur de l’Atlantique mais comme ultime but est la destruction du régime Nazi !

Il me fallait un « quartier général » pour pouvoir évoquer ce vaste sujet ! Le nom du SHAEF semble donc parfaitement y correspondre…
Le partage c'est la liberté

Activité créative du moment : Repeindre une coque originale de M42 avec un camouflage 3 tons « Normandie »

Apres « le bidouillage » du Z-42 espagnol, j’avais envie de refaire une vieille coque originale de casque allemand…
L’idée n’est surtout pas de refaire un casque dans son jus et sacrifié son authenticité, mais bien de refaire un casque qui ne vaut pas grand-chose et qui ne ressemble plus à grand-chose non plus.
Il faut donc trouver une coque originale et potable avec un prix acceptable, en effet une copie de casque allemand neuf ne va pas chercher loin niveau tarif, une cinquantaine d’euros.
Etant en Normandie lors des commémorations du 74 ème anniversaire du débarquement, je me suis promené dans plusieurs bourses militaires. Bien évidement je n’ai rien acheté au regard des prix, mais cela permet d’avoir une idée du marché. Nous avons bien sur des casques à tous les prix, par exemple un casque à 200 euros n’a aucun intérêt dans mon projet mais un casque perforé par la rouille et déformé à 30 euros n’en a pas non plus ! Le seul intéressant était au prix de 90€ ce qui est toujours trop cher pour une coque à repeindre.
Deuxième option de recherche : Internet. Son problème principal est de ne pas pouvoir « toucher » le produit et les frais de port qui s’ajoutent…. Nous avons le Boncoin, sites de surplus, et eBay… La dernière option est intéressante car nous avons le principe des enchères !! Je me limite aux enchères en France (pour avoir les frais de port les plus bas bien sûr).
La recherche sur eBay : Quoi chercher ? « Casque allemand » « Casque allemand heer » « Casque allemand ww2 » « German helmet » « Casque M35 » « Casque M40 » « Casque M42 » etc…
Il y en a beaucoup à tous les prix… Et j’en remarque un particulièrement amusant, on trouve vraiment de tout, voyez par vous-même cette annonce où j’ai bien rigolé, bien lire la description ! Une modification de terrain véritable ah ah ah
Revenons à nos moutons ! Les M35, M40 ne sont pas dans le budget, ou trop dégradés. Ça sera donc un M42…
Je trouve deux ou trois annonces dans mes prix qui finissent dans quelques jours, prix de départ 30 euros… Pour du M42, juste la coque ou avec un reste de coiffe. 30 euros bien évidement est le prix de départ, et son prix même quelques minutes avant la fin de l’enchère n’est pas significatif, en effet si vous ne le savez pas déjà sur eBay il faut enchérir au dernier moment, pas à la dernière minute, mais plutôt dans les dernières secondes pour coiffer tout le monde sur le fil !! Pour le premier casque avec le reste de coiffe il était déjà trop cher quelques minutes avant la fin de l’enchère j’ai donc jeté l’éponge. Concernant l’autre, j’ai réussi à l’avoir dans les dernières secondes à un peu plus de 60€ avec les frais de port, cela revient quasiment à 70€… C’est déjà un peu cher mais je n’ai rien d’autre comme frais puisque j’ai déjà la peinture !!
Voici l’état du casque à réception avec son marquage original (On est donc en présence d’une coque M42 du fabriquant hkp de taille 64 avec le numéro de lot 16462)
Marquage du fabriquant hkp
Première étape : il n’y a plus de peinture, on va juste retirer la rouille et faire un décapage rapide à la paille de fer et papier de verre.
Deuxième étape : Application de la première couche sable sans excès pour que les défauts du casque ressortent, le but n’est pas d’en faire une casque neuf !
Première couche de « KHAKI TROPEN »
Peinture WH. Khaki Tropen

Troisième étape : application du marron “Mud Brown”

Peinture Mud Brown

Quatrième étape : Vert feldgrau (je n’ai pas la teinte verte qui correspond à celles rencontrées sur les casques trois tons « Normandie » on fera donc avec le feldgrau…)

Peinture Feldgrau

Cinquième étape : Avant séchage, je raye aléatoirement la dernière couche de peinture pour créer quelques défauts.

Sixième étape : Application au pinceau d’une peinture acrylique diluée marron.

Environ 2 heures de travail sans compter les temps de séchage…

La suite : Une copie de coiffe intérieure complète, copie de filet de camouflage… A voir car même si on trouve de bonnes copies de coiffe à 30€ et des filets à 9€ cela commence,sans compter les rivets de fixation, à chiffrer.

 

Le partage c'est la liberté

Le coin lecture : Le soldat oublié

 

Je suis d’avis de m’intéresser aussi bien aux récits du « camp des vainqueurs « que ceux des vaincus, en effet derrière une cause, une doctrine, un ordre, il y a des Hommes qui se heurtent aux horreurs de la guerre… Pour avoir une idée globale d’un conflit il faut en étudier les différentes parties. Cependant, Le recul est indispensable pour ne pas tomber dans le piège des interprétations, confusions, fausses idées de ses auteurs. Cela reste un fabuleux voyage historique ! Bonne lecture à vous.
Aujourd’hui je vais vous parler du Soldat oublié aux éditions Robert Laffont. Le Soldat oublié est un récit autobiographique de Guy Sajer (de son vrai nom Guy Mouminoux).
En 1942 Guy a 17 ans, de père français et de mère allemande, il vit en Alsace et se retrouve en tant que malgré-nous enrôlé dans l’armée allemande, direction le front de l’est… Son récit est particulièrement intéressant. En effet avec ses mots à lui il nous raconte la vie, la mort des soldats au plus près des combats souvent dans un environnement nous laissant croire à la fin du monde. Un témoignage incontournable, à lire absolument !
Extrait page 373 : « Devant l’énorme ouragan, chaque fois que la fuite sera possible, nous la prendrons. Mais souvent elle ne l’est pas. Les héros sans gloire vont alors faire preuve d’une force supérieure à celle de l’assaillant. On ne combat plus pour Hitler, on ne combat plus pour le national-socialisme ni pour le troisième Reich, même plus la fiancée, la mère ou la famille, qui plient sous les villes ravagées par les bombes. On va se battre pour une chose honteuse mais tellement plus forte que toutes les doctrines ! On va se battre pour soi-même. Pour essayer de ne pas crever, malgré tout, dans un trou de boue ou de neige. Comme le rat acculé au fond d’une cave qui n’hésite plus à sauter à la figure de l’homme à la taille démesurément plus importante que lui. Foutus pour foutus, notre terreur va se transformer en une forteresse de désespoir contre laquelle l’idée du communisme des soldats rouges va avoir fort à faire.”
Le soldat oublié.
Guy Sajer « malgré nous » Gross Deutschland division.

 

Le partage c'est la liberté

Bernard Dargols S/SGT 2eme division d’infantrie U.S

2 ème division d’infanterie américaine « Indian Head » débarquant à Omaha beach

« En stage aux Etats-Unis depuis deux ans et, puisque né à Paris, j’ai été convoqué avec huit autres Français au Consulat de France de New York sur la 5ème avenue. Il s’agissait d’y passer le conseil de révision.

En juin 1940, j’avais 20 ans. Après son examen, le médecin m’a déclaré « bon pour le service ». Un officiel m’a alors assuré que, bientôt, je serai rapatrié pour rejoindre l’armée du maréchal Pétain, me précisant « Et attendez nos ordres ».
La France et les Etats-Unis avaient encore des relations diplomatiques. Par l’ambassadeur Leahy, nous avions une connaissance assez précise de ce qui se passait déjà en France. L’effondrement de l’armée française en juin 1940 avait causé la stupeur aux Etats-Unis. L’entente Pétain – Hitler, les collaborateurs, la milice, des lois honteuses etc. s’avéraient plus que suffisants pour penser un seul instant revenir en France me mettre au service d’une idéologie exécrable.
Quelques jours plus tard, toujours à New York, j’ai contacté le colonel De Manziarly, sympathique représentant de De Gaulle. Après un entretien chaleureux dans son bureau, il m’a affirmé – si j’acceptais – qu’il me ferait acheminer à Londres, sans délai, pour être officier dans les Forces Françaises Libres.
Le général De Gaulle, peu connu alors, passait pour avoir du caractère. Ses contacts avec le président Roosevelt et le premier ministre Churchill étaient plutôt tendus. L’image de la France se dégradait par divers incidents. A New York, nous assistions à l’accostage, pour quelques jours, de navires français en vue de se ravitailler. L’équipage, une fois à terre, offrait un spectacle désolant : les marins, en général gaullistes, se battant contre les officiers, plutôt pro-Vichy.
Ces événements et d’autres m’ont détourné du choix que j’envisageais : partir pour Londres.
La dernière option qui s’offrait restait un engagement dans l’armée américaine. Tous mes jeunes amis américains réussirent, sans grande peine, à me convaincre que je serais plus utile, pour combattre l’ennemi, sous la bannière étoilée que sous le drapeau tricolore orné de la Croix de Lorraine.
De ce fait, en avril 1943, un camion militaire a transporté le soldat Dargols vers une cour de justice, à Spartanburg en Caroline du Sud, où, en quelques minutes, on m’a déclaré citoyen Américain. J’aurai pu comme on me le proposait, américaniser mon patronyme. J’imaginais, en pensant aux blagues, la surprise de ma famille et mes amis, à mon retour en France, s’ils apprenaient que je m’appelais dorénavant, Bernard Roosevelt. Finalement j’ai conservé mon nom.
Depuis mon arrivée aux Etats-Unis en 1938, et durant ma participation avec la 2eme division d’infanterie US, jusqu’à ce jour, j’ai été l’objet de tant de gentillesse, de sympathie, j’ai partagé leur sens de l’humour, et, j’avoue n’avoir jamais regretté ma décision.
Les pages suivantes donnent, je l’espère, un bref aperçu, des mois qui m’ont profondément marqués.
Elles sont dédiées à Françoise que j’avais rencontrée à New York et où, après ma démobilisation nous nous sommes mariés.
Par ses lettres régulières, elle a été d’un soutien moral constant.
II y a quelques années de cela, j’ai entendu à la radio un universitaire français affirmer que les camps d’extermination et les chambres à gaz n’avaient jamais existes. Cet homme se servait de sa notoriété, mais aussi de sa crédibilité en tant qu’historien et spécialiste, pour nier la réalité. Jusqu’à ce que j’entende les paroles de ce négationniste, il ne m’avait jamais semblé utile de raconter ce que j’avais vécu, difficulté de remuer de tels souvenirs ? Peur de ne pas être compris ?. Mais ce jour là, devant tant de mauvaise foi, il m’est apparu que témoigner devenait une obligation. Si nous ne faisions pas ce devoir de mémoire, nous laissions, de notre vivant, la place à ceux qui revisitent l’histoire à leur manière.
Lorsque aucun vétéran ne sera plus de ce monde, ne verra-t-on pas fleurir des livres certifiant « preuves » à l’appui que le débarquement allié de juin 44 en Normandie n’a jamais existé ? Ne nous fera-t-on pas croire que c’est une super production hollywoodienne ? N’irons-nous pas jusqu’à lire que les nazis n’ont jamais été battus mais qu’ils se sont retirés dans leur pays après avoir accompli leur mission ?
De cette période, j’ai gardé beaucoup de notes et de photos qui ajoutées à des souvenirs très vivaces m’aident aujourd’hui à écrire ces quelques lignes, car c’est en tant que Gi que j’ai participé à l’opération Overlord.
Le « basic training » – l’entraînement de base – avait pour but d’intégrer en 12 semaines, un civil dans sa vie militaire.
C’est au Camp Croft, Caroline du Sud, que j’ai effectué le mien. Il avait cette réputation d’une discipline très sévère : gymnastique poussée, quotidienne, longues marches de nuit, courses d’obstacles, manœuvres dans le Tennessee, ramper sous un réseau horizontal de fils barbelés, pendant qu’une mitrailleuse tirait à balles réelles juste au-dessus du dos. Embrocher l’ennemi, personnifié par des sacs de sable, avec la baïonnette fixée au bout de son fusil, demande une certaine technique. L’exercice paraît simple jusqu’au moment où l’instructeur vous rappelle que cette baïonnette reste parfois plantée dans le corps, bloquée par des os et des muscles. Il est difficile de la désengager rapidement. La procédure consiste alors de prendre appui sur la jambe arrière, de repousser avec force le buste du soldat blessé à l’aide de l’autre jambe, et, simultanément, retirer la baïonnette le plus vite.
On ne peut vraiment s’imaginer comment, trois mois de « basic training » suffisent pour transformer un civil paisible et non-violent en un soldat dur et impitoyable.
L’entraînement en vue du débarquement avait commencé aux Etats-Unis en novembre 1943 et se poursuivait en ce début juin 44 dans un camp retiré et bien camouflé, au Pays de Galles. Je faisais partie du M.I.S. – Military Intelligence Service – remplacer « Intelligence » par « Informations » me semblait plus approprié le plus souvent.
Notre team de spécialistes était composé de six hommes, deux officiers et quatre sous-officiers. Tous parlaient plus ou moins bien français et certains avaient des notions d’allemand. Notre équipement était constitué de deux jeeps, boussoles, cartes et montres…Chacun avait un casque, une mitraillette « your best friend » – votre meilleur ami – et un pistolet. Un masque à gaz encombrant complétait cet attirail.
Une anecdote à propos de l’attribution des chaussures me fait toujours sourire soixante et un ans plus tard. Nous étions à Fort Dix, dans l’Etat du New Jersey. Nous venions d’être incorporés dans l’armée américaine et je nous revois habillés en civil pour quelques instants encore, en file indienne et en chaussettes, monter chacun notre tour sur un plateau balance posé sur le sol. On nous demandait de soulever deux seaux remplis de sable, un au bout de chaque bras. Sous le poids nos pieds prenaient leur forme maximum en longueur comme en largeur. Le militaire préposé criait alors un chiffre, la longueur, et une lettre, la largeur, qui pouvait se décliner jusqu’à 4 tailles différentes. Pour moi, ce fut 9,5E. Jamais mes pieds ne s’étaient trouvés aussi à l’aise.
Aujourd’hui, on ne trouve toujours pas en France en dehors de la chaussure de luxe, de magasins où l’on prenne en compte la largeur de votre pied !
Nous étions en pleine forme. Les moindres détails avaient été vérifiés. Une rampe avait même été installée afin que nous puissions nous exercer à la descendre en accélérant fortement pour éviter que les jeeps ne s’enlisent dans le sable de la plage. Leurs phares avaient été entourés d’un mastic imperméable.
Ma crainte, ma hantise était d’être, sans avertissement, expédié vers le théâtre des Opérations du Pacifique, où sévissaient les Japonais, ennemi de longue date des Etats-Unis.
Dans le cadre de notre préparation minutieuse du débarquement, j’avais reçu l’ordre de réunir les hommes de la division, 13 000, par groupes de 500 environ pour leur parler de la France et répondre au mieux à leurs questions. Assis devant moi dans un champ, je m’efforçais de leur faire connaître ce que pouvaient être les Français de 1944 : leurs multiples difficultés, les problèmes de nourriture, de vêtements, de transport, etc…J’insistais qu’il fallait considérer les Français, non pas comme des ennemis, mais comme des alliés, malgré ce que nous savions déjà des collaborateurs. Ils voulaient connaître le lieu du débarquement, la distance entre la côte et Paris, ils voulaient savoir si le lait était homogénéisé, si la population leur était favorable et, bien sûr si les filles étaient jolies…
Que la France soit plus petite que le Texas les étonnait beaucoup et les 200 miles annoncés entre la côte et Paris les faisaient rêver ! Ils se voyaient déjà à la Tour Eiffel !
Au cours des manœuvres, je jouais souvent le rôle du civil français. Mes camarades m’interrogeaient, en français, pour essayer d’obtenir des renseignements sur l’ennemi.
La mission pour laquelle l’armée nous avait formés dans le Maryland pouvait se résumer, en bref, dans l’interrogation des civils les plus proches de la ligne du front ou, mieux, au-delà. Le but étant de recueillir des informations d’ordre tactique quant à l’ennemi qui nous faisait immédiatement face, c’est-à-dire leur position exacte, le nom de leur unité, leur nombre, leur type d’équipement, l’emplacement de mines et des dépôts de munitions, etc…
A nous d’interpréter et de vérifier rapidement l’exactitude des renseignements obtenus. Suivant leur importance nous les transmettions sans délai au colonel Christensen, notre G-2, 2ème bureau, de la 2eme division d’infanterie. Aucune attaque ou contre-attaque, aussi insignifiante soit-elle, ne peut être entreprise sans avoir le plus de renseignements militaires possible sur l’ennemi proche.
Fin mai 1944, le débarquement était devenu une plaisanterie entre nous, car des rumeurs couraient jour après jour que D-Day était pour le lendemain.
Mais nous étions toujours là. La nourriture commença à s’améliorer. Pour nous c’était le signe évident que le débarquement allait enfin devenir une réalité. Il nous fallait être au mieux de notre forme pour affronter l’épreuve.
Enfin, les détails préparés, appris et répétés nous rassuraient : nous nous sentions prêts moralement et physiquement.
C’est à Cardiff le 5 juin 1944 que notre équipe a finalement embarquée, ou s’est plutôt entassée, dans un Liberty ship, bateau aménagé pour le transport de troupes. Nous avons alors connu toutes les nuances de la peur. Mais nous étions ensemble… et calmes. Pas la mer.
L’appareillage, retardé par un mauvais temps inhabituel nous a vraiment paru interminable. Puis lentement, le bateau a pris le départ pour contourner le Pays de Galles, puis s’arrêter, puis repartir, toujours ballotté, et longer le sud de l’Angleterre. Presque tous les Gi’s ont souffert du mal de mer. Nous étions secoués, fatigués par ces trois jours en mer. Nous n’avions qu’une hâte, celle de quitter ce Liberty ship. J’avoue avoir souhaité par moments être le pilote de notre bateau pour pouvoir, comme avec nos jeeps, exécuter une rapide marche arrière.
Au fur et à mesure que nous approchions des côtes françaises, notre bateau était rejoint d’abord par des dizaines puis par des centaines d’autres embarcations de toutes sortes, petits bateaux, gros bâtiments de guerre et transports de troupes.
Bien au dessus de certains navires, flottaient, presque immobiles, les « sausage-balloon-barrage », ces ballons en forme de gros cigares d’où pendait à la verticale un câble métallique. Ces filins dissuadaient l’approche de l’aviation ennemie et ajoutaient un aspect étrange à cette armada. A notre étonnement et soulagement, très peu d’avions allemands ont approché nos convois au cours de cette croisière inquiétante.
Dans la soirée du 8 juin,la côte apparaît enfin. Nous l’approchons au milieu du fracas assourdissant des bombardements et des tirs aériens. Les obus sifflent au-dessus de nos têtes et proviennent de nos navires qui tirent en direction des plages.
La France est à moins de 100 mètres !
A notre tribord se trouvait déjà une « landing craft VP » – barge plate -. De notre bateau pendait une échelle de corde dangereusement instable. Elle menait à cette barge. Atteindre cette dernière avec tout notre barda sur le dos, par cette échelle qui s’obstinait à bouger, a été un exercice que je n’ai pas aimé du tout.
Nos deux jeeps attendaient sur ce plateau mobile. J’ai pris place avec Wrenn et Mc Cormick dans celle que j’avais baptisée « La Bastille ». Je me souviens très bien avoir tenté d’évaluer à ce moment là le pourcentage de chance que nous avions d’arriver intacts sur le sol français. Bref… ça m’embêtait de mourir si près du but… et noyé en plus ! En revanche, je ne sais pour quelle raison, j’avais la conviction que si j’arrivais à débarquer sain et sauf, je m’en tirerais.
« La Bastille » fonce sur une plage qui s’avère être Saint Laurent sur Mer, « Easy Red » selon notre code, en plein secteur connu sous le nom de Omaha Beach.
Une multitude de véhicules militaires recouvre toute la plage du Ruquet. Quelle activité sur cette plage ! Des soldats s’affairent au milieu de crépitements de balles et de grondements d’obus. Ils montent en file et longent un blockhaus déjà neutralisé par nos troupes. L’ordre est d’atteindre notre premier Quartier Général, Formigny. Le bruit infernal des gros canons résonne jusque dans nos ventres. Les obus passent sans cesse au-dessus de nos têtes, mais facilitent notre avancée vers l’intérieur.
Au moindre arrêt, il nous fallait creuser à l’aide de notre pelle un « fox-hole » – trou de renard -d’environ 50X150 cm, profond de 30 cm pour pouvoir y plonger, et être ainsi protégé en cas d’attaques aériennes.
Les premiers blessés sont rapidement évacués vers la plage et je me dis que les « medics » font un dur boulot ! Je vois pour la première fois des hommes morts. A cette horreur, s’ajoute l’odeur nauséabonde et insupportable du bétail crevé, enflé, qui nous entoure.
C’est vrai, j’avais souhaité débarquer le premier jour, non pas par bravoure, mais pour prendre l’ennemi par surprise, avant qu’il ne fasse appel aux renforts les jours suivants.
Comme prévu, nous collectons des informations qui confirment les positions de l’ennemi. Des milliers de tracts de 10×20 cm avaient été lancés ces derniers jours tout le long de la côte de Dunkerque à Cherbourg invitant les civils à s’éloigner.
Nous avançons sur Trévières avec précaution car nous faisons connaissance avec les « hedgerows », ces haies de 3 à 4 mètres de haut qui dissimulent facilement les Allemands. Nous nous méfions également des « snipers », ces tireurs isolés et des « booby traps », des petits pièges placés derrière le bouton d’une porte, par exemple, qui explosent au moindre contact.
Nos incursions se multiplient dans le No Man’s Land, terrain qui sépare nos troupes de celles des nazis. Le « pincement aux tripes » avant chaque sorties s’estompe peu à peu avec la routine. Ces escapades ne sont cependant pas recommandées pour le cœur ! A chaque sortie, j’étais accompagné d’un MP – Police Militaire -. Avant de monter dans la jeep, il fallait nous délester de tous documents, lettres, photos au cas où nous serions capturés, car seuls nos nom, grade et numéro matricule devaient être révélés : rien de plus.
Entre Formigny et Trévières, près de la colline 192, fatigués, sales, une surprise nous attendait : camouflée dans les champs, une douche de campagne d’une dizaine de mètres de long avait été dressée. Débarrassés de nos vêtements, on entrait par une extrémité, et on en ressortait par l’autre après être passés sous une douche chaude.
On nous distribuait alors un assortiment de linge, chaussures et treillis neufs ! Quel bonheur ! Il était temps car nous commencions à craindre que l’ennemi ne nous repère non pas à la vue mais à l’odeur !
Vers la fin juin 1944, en Normandie, les Gi’s marchent les uns derrière les autres, en colonne, de chaque côté de la route. J’ai la chance d’être en jeep. L’ordre attendu arrive : « take ten » – dix minutes de pause -.
Certains s’allongent sur le sol pour profiter de ce repos bienvenu, d’autres se détendent en s’envoyant une balle de base bail. Un camarade sort des gants de boxe de sa jeep et me propose d’engager un round rapide avec lui. Notre combat est à peine commencé qu’une jeep s’arrête à notre hauteur. En descend un colonel du MG – Gouvernement Militaire – qui demande à mon « adversaire » de lui prêter ses gants pour faire quelques échanges avec moi. Ce colonel, dont je n’ai pas retenu le nom, se présente. J’esquisse alors une position de garde à vous et me présente à mon tour : « Sergent Bernard Dargols ». Cette situation m’inquiète car le seul fait de lever la main sur un gradé est passible de cour martiale surtout en temps de guerre. Pas question de refuser sa proposition. En fait, c’est un ordre.
Mon père avait vu juste, il avait pensé que la boxe aiderait à me débarrasser d’une timidité maladive. J’avais donc derrière moi, en amateur, plusieurs années de pratique. Le colonel, un « vieux » d’une quarantaine d’années et moi-même, jeune de 24 ans, étions à peu près de la même taille. Trapu, il appartenait à une catégorie plus lourde et celui qui connaît ce sport sait combien le poids constitue un net avantage. Je compensais par une allonge supérieure. Pendant deux minutes, alors que lui visait ma figure sans retenue, je me bornais à le frapper au corps avec précaution. Malgré le respect dû à un supérieur, il arrive un moment où l’on ne peut se résigner à encaisser des coups sans répliquer. Il n’était plus question de doser le coup suivant. Pour m’aider à surmonter mon respect de la hiérarchie, j’ai imaginé son visage en croix gammée. Je lui ai donc décoché un seul direct appuyé à la face, qui m’a fait immédiatement craindre le pire. Heureusement pour nous deux, c’est le moment choisi par le colonel pour cesser ce combat amical. Avant de repartir dans sa jeep, il m’a lancé un « Well done » – bien joué – et un « good luck Bernard » – bonne chance -. Le tout avait duré 3 minutes à peine.
Mes cousins et amis, militaires français m’ont assuré qu’une telle scène n’aurait pu se produire, à l’époque dans leur armée. Elle reflétait bien un des aspects que j’avais apprécié dans l’armée américaine : des relations humaines, à la fois décontractées et respectueuses.
Aidés par quelques rencontres avec des résistants, nous avons libéré plusieurs villages : Saint Clair sur Elle, Littry, Bérigny, Vire et d’autres, sans oublier Saint Georges d’Elle perdu pour repris.
Notre Quartier Général s’est installé à La Boulaye près de Cerisy-La-Forêt que nous venons de libérer. Le front s’est stabilisé mais nos activités continuent à partir de cette base, contacts, renseignements…
Nous sommes depuis deux mois à Cerisy lorsque des informations alarmantes nous parviennent grâce à des civils : les ennemis, par une activité inhabituelle et leurs préparatifs nous laissent entrevoir une éventuelle contre-attaque surprise. J’avais encore en tête Saint Georges d’Elle que nous avions libérée dans la douleur et la joie, puis brusquement perdue et re-libérée. Quelles conséquences tragiques si une telle situation se reproduisait à Cerisy-La-Forêt ! Le sergent Thierry Mc Cormick « Toto » et moi-même décidons, pour ne pas alerter la population de ce possible danger, de faire des rondes dans le village. Nous patrouillons côte à côte, calmes et rassurants, devisant le plus joyeusement possible, mais armés évidemment. Notre attitude ne laisse à aucun moment transparaître l’éventualité d’un danger imminent. La contre-attaque n’a jamais eu lieu, au contraire, c’est notre division qui a pris l’initiative et déclenché la percée qui devait mener à la déroute des nazis.
Dans la série des grandes peurs, il y avait celle qui, lorsque couché sous la tente, en pleine campagne, et que, dans la nuit silencieuse, un très léger grondement se fait entendre. Il s’amplifie lentement. Aucun doute, des chars, le tout est de rapidement discerner si ce sont les nôtres ou ceux de l’ennemi.
Dans le cadre de la coopération franco-américaine notre équipe s’était enrichie de deux officiers, gaullistes bien sûr, Fouquet et Christophe. Appelés à d’autres fonctions, ceux-ci sont restés trop peu de temps. Cependant, j’ai gardé par la suite des contacts amicaux avec le fils du capitaine Fouquet.
Ma mission consistait dès Cerisy libérée à me mettre en rapport avec le pharmacien du village, Le docteur Champain. Ce dernier, résistant de l’ombre, devait me fournir des renseignements fiables. Mais en entrant dans l’officine, je trouvais sa fille tout de noir vêtue : son père avait été tué la veille dans un bombardement allié. Je comprenais son malheur mais ce qui est un comble, avec le recul, est que c’est elle qui a cherché à me réconforter : elle est allée dans l’arrière boutique et en a rapporté un petit flacon d’élixir parégorique. « Mélangez-le avec de l’eau, vous obtiendrez une sorte de pastis et ça vous fera du bien » m’a-t-elle dit.
Je revois de temps à autre la fille du docteur Champain, son frère et sa belle-sœur. Comme avec la famille Champain, j’ai conservé des liens d’amitiés très forts avec plusieurs habitants, certains maires et leurs familles. Beaucoup parmi eux étaient des gamins d’une dizaine d’années auxquels je distribuais chocolats et chewing-gum dans leur village libéré. Ils étaient si heureux de parler français avec un Gi et de monter dans sa jeep, qu’ils me disent que 60 ans plus tard ces moments sont toujours gravés dans leur mémoire.
Comment mesurer la dose d’émotion qui m’envahit lorsque je retrouve ces enfants âgés maintenant de 70 ans et plus, qu’ils me serrent affectueusement la main, m’embrassent ou m’invitent dans leur famille.
Pendant que nous étions basés à Cerisy-La-Forêt un sergent du Signal Corps, le service photographique de l’armée, m’a contacté. Il souhaitait que je trouve une jeune fermière en sabots. Quelques jours plus tard, Marie-Jeanne Brassard a accepté de venir poser avec deux Gi’s au nom de l’amitié franco-américaine. Nous devions aider cette jeune femme à remplir d’eau les deux seaux vides qu’elle portait suspendus à une palanche.
Le 1er juillet 1944, cette photo composée est passée à la une de presque tous les journaux américains. Le texte l’accompagnant donnait mes nom et adresse à New-York et stipulait qu’elle avait été prise quelque part en France. C’est ainsi que famille et amis ont enfin appris que j’avais débarqué et étais sain et sauf. En effet, depuis le début du mois de juin, la censure qui voulait empêcher tout indice susceptible d’alerter l’ennemi, avait bloqué le courrier des militaires. Ce soutien moral nous manquait beaucoup.
A l’occasion du quarantième anniversaire du débarquement, et grâce au journal Ouest-France, j’ai retrouvé Marie-Jeanne, nous avons posé devant ce même four à pain. Il y a 5 ans, elle m’a avoué combien elle avait eu du mal à persuader sa mère qui ne voyait pas du tout d’un bon œil qu’elle suive ces Gi’s qu’elle ne connaissait pas et qui insistaient pour la prendre en photo !
Lorsque la percée alliée a démarré en août 44, j’ai reçu l’ordre d’aller à Brest. Cette ville était alors connue sous le nom de ‘poche de Brest’ car c’était la seule partie de Bretagne encore aux mains de l’ennemi. Une fois sur place, régulièrement je retournais vers nos lignes arrières afin de rendre compte des informations recueillies. Lors de ces trajets répétés, il m’arrivait de croiser des prisonniers de tous âges, la tête basse, gardés par des MP à Guipavas, village non loin de Brest. L’arrogance de leur attitude et de leur regard avait disparue. J’avoue avoir ressenti une grande jubilation intérieure ! Je me fis même le malin plaisir de désigner deux prisonniers qui durent bien briquer ma jeep. C’est donc avec la jeep la plus propre de la division que je suis retourné à Brest, toujours occupée par les nazis.
 
Autographe de Bernard Dargols lors d’une rencontre à Omaha Beach en 2008
Une fois Brest reprise par les Américains, j’ai parcouru de nombreux kilomètres, du Vésinet : Les Ibis, à Saint-Vith et Bastogne en Belgique, une pointe en Allemagne, pour être rappelé à Paris (voir carte). Dans la capitale libérée ma mission consistait à écarter des personnes qui cherchaient un emploi avec les forces américaines et dont la conduite n’avait pas été irréprochable pendant l’occupation. Je les recevais et interrogeais dans les locaux de l’ex-kommandantur, place de l’Opéra.
Dans les deux palaces de la rue Castiglione, Meurice et Lotti, ma mission était différente. Les deux hôtels avaient été réquisitionnés et occupés par des hauts dignitaires nazis. J’étais chargé de déterminer la nature des relations de ces locataires.
J’avais donc installé un bureau dans le hall et faisais défiler tout le personnel y compris la direction. Dans les deux cas, contrôles de papiers d’identité et interrogatoires s’ensuivaient. Avant de terminer ce circuit par Châlons-sur-Marne, aujourd’hui Châlons-en-Champagne, dans une unité anti-terroriste, le CIC – contre-espionnage -, j’ai fait un court passage à l’Ambassade des Etats-Unis pour y trier des documents classifiés secrets.
Le bateau qui me ramenait aux Etats-Unis est parti de Marseille en janvier 1946. J’ai été démobilisé à Fort Dix, New-Jersey, quelques jours plus tard. La boucle était bouclée. »
 
 
 
Bernard Dargols
(Source: 6juin.omaha.free.fr)
Le partage c'est la liberté